Les Quinze lettres de Marina Tsvetaeva à Boris Pasternak, publiées en 1991 par Clémence Hiver à Paris, rassemblent et traduisent du russe (par Nadine Dubourvieux) une sélection de lettres écrites par la poétesse. Ce recueil fait partie d'une correspondance plus vaste (environ 200 lettres) entre 1922 et 1936, dont une grande partie inédite jusqu'aux années 2000.

La correspondance s'inscrit dans l'après-Révolution russe de 1917, marquée par la scission culturelle : Pasternak reste en URSS (Moscou), tandis que Tsvetaeva s'exile (Prague, Berlin, France). Les échanges sont possibles dans une phase initiale de "liberté surveillée", avant la fermeture des frontières et la répression stalinienne ; Tsvetaeva rentre en URSS en 1939 et se suicide en 1941, Pasternak subit la pression (refus du Nobel en 1958).

Rapports des épistoliers

Rencontrés brièvement en 1918 à Moscou, ils se découvrent vraiment en 1922 via leurs œuvres ; Tsvetaeva initie les échanges avec fougue. Leur lien est un amour sublimé, non charnel, mêlant passion sentimentale, admiration poétique et désir de rencontre avorté (sauf brève en 1935). Pasternak voit en elle une égale unique, l'exhortant au travail ; elle le qualifie de "meilleur poète russe".

Ces lettres forment un "laboratoire d'écriture" où se tissent poésie, vie intime et réflexion esthétique, sur fond d'Histoire. Elles révèlent leurs processus créatifs, critiques littéraires (Rilke omniprésent), difficultés matérielles et distance préférée à la "vraie vie" ; un "brûlot de vie, d'amour et de travail poétique" au sommet de leur art.

Divulgation et public

Sélection de 15 lettres éditée en 1991 (première traduction française) ; la correspondance complète paraît en 2005 aux éditions des Syrtes (trad. Amoursky/Jurgenson), avec plus des trois quarts inédits. Public : amateurs de littérature russe, chercheurs en poésie du XXe siècle, lecteurs de Tsvetaeva/Pasternak (éditions bilingues 

Considérée comme un "événement littéraire exceptionnel", monument épistolaire comparable à la Correspondance à trois (avec Rilke, 1926 ; Gallimard 1983). Étudiée pour son intensité (courbe paroxystique 1922-1936), elle illumine leurs génies et l'exil soviétique ; citations persistantes en revues (Études, 2024) et analyses critiques.

 

Retour à l'accueil