Lettres inédites de Georges Bernanos à Jorge de Lima. Elles dénoncent les dérives du fascisme, du nazisme et du pétainisme
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Georges Bernanos
Georges Bernanos entretint une correspondance avec le poète brésilien Jorge de Lima, publiée en 1953 sous le titre Lettres inédites à Jorge de Lima à Rio de Janeiro, reflétant ses préoccupations spirituelles et politiques durant son exil brésilien (1938-1945). Ces lettres, sélectionnées par Lima lui-même, soulignent l'amitié entre deux catholiques engagés, dans un contexte marqué par la Seconde Guerre mondiale et les totalitarismes.
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Jorge de Lima
Les lettres s'inscrivent dans l'exil volontaire de Bernanos au Brésil après la guerre d'Espagne, où il dénonça les exactions franquistes dans Les Grands cimetières sous la lune (1938). Elles datent principalement des années 1940, période où Bernanos, blessé de la Grande Guerre et handicapé, soutint la France libre contre Vichy depuis Rio et Barbacena. Ce corpus inédit révèle sa quête spirituelle face à un monde en crise, influencée par ses ruptures avec l'Action française dès 1932.
Bernanos fut lié à Robert Garric, fondateur des « Équipes sociales » en 1920, un mouvement catholique réformiste inspiré de la fraternité des tranchées. Ces équipes visaient à former une élite sociale pour évangéliser les ouvriers, dans la lignée des patronages catholiques, transcendant les classes sociales. Garric, philosophe et éducateur, influença des figures comme Simone de Beauvoir, qui évoqua son appel à l'effacement des barrières sociales dans ses mémoires.
Catholique fervent, Bernanos imprègne toute son œuvre d'un combat spirituel entre Bien et Mal, souvent incarné par des prêtres comme dans Sous le soleil de Satan (1926) ou Journal d'un curé de campagne (1936). Son catholicisme, anti-conformiste, rejette un « catholicisme sans Christ » et critique l'Église complice, comme en Espagne. Cette empreinte culmine dans une vision de la grâce accessible aux humbles, influencée par Thérèse de Lisieux.
Influence intellectuelle
Bernanos, romancier et polémiste, inspira les non-conformistes des années 1930 et des penseurs comme Jacques Julliard, qui y voit un rempart démocratique malgré son royalisme initial. Sa critique prémonitoire de la « civilisation des machines » dans La France contre les robots (1946) nourrit la réflexion altermondialiste et décroissante. Anti-totalitaire, il rompit avec Maurras pour une liberté chrétienne universelle, influençant Camus et les hussards postwar.
Les Lettres inédites à Jorge de Lima de Georges Bernanos, publiées en 1953, explorent principalement des thèmes spirituels et existentiels nés de son exil brésilien pendant la Seconde Guerre mondiale. Ces échanges avec le poète catholique brésilien révèlent une amitié profonde marquée par une foi partagée et une méditation sur la crise du monde moderne.
Bernanos y développe sa vision d'un catholicisme vécu, combatif, centré sur la grâce divine et la sainteté accessible aux humbles, loin des compromissions ecclésiastiques. Les lettres insistent sur la lutte intérieure entre Bien et Mal, avec des références à des figures comme Thérèse de Lisieux, et une critique des totalitarismes comme négation de l'esprit.
Elles dénoncent les dérives du fascisme, du nazisme et du pétainisme, Bernanos soutenant la France libre depuis Rio tout en fustigeant l'hypocrisie des élites catholiques complices. Ce contexte d'exil volontaire post-Espagne (après Les Grands cimetières sous la lune) nourrit une réflexion prophétique sur la décadence civilisationnelle.
L'amitié avec Jorge de Lima, poète moderniste et converti, permet des échanges sur la poésie, la littérature et le rôle de l'écrivain chrétien face à la modernité "mécanisée". Bernanos y exprime sa nostalgie de la France et son espoir en une régénération spirituelle transnationale.